Romería
Carla Simón, Espagne, Allemagne, 2025o
Afin d’obtenir un document d’état civil pour ses études supérieures, Marina, adoptée depuis l’enfance, doit renouer avec une partie de sa véritable famille. Guidée par le journal intime de sa mère qui ne l’a jamais quitté, elle se rend sur la côte atlantique espagnole et rencontre tout un pan de sa famille paternelle qu’elle ne connait pas. L’arrivée de Marina va faire ressurgir le passé. En ravivant le souvenir de ses parents, elle découvre ainsi les secrets de cette famille, les non-dits et les histoires cachées.
Inspirée par son histoire personnelle, la nouvelle fiction de la Catalane Carla Simón (Été 93, Nos soleils) suit une jeune adulte dans sa quête de réponses sur l’histoire de ses parents, décédés du sida peu après sa naissance. Son bac en poche, Marina doit faire signer un document d’état civil par ses grands-parents paternels afin d’obtenir une bourse d’études. Et la voilà qui débarque de sa Barcelone natale dans une petite ville de Galice, où elle fait la connaissance de ses tantes, oncles et cousin·es. La jeune femme récolte autant de témoignages lacunaires, parfois contradictoires, sur la vie de ses parents au début des années 80, emportés par l’effervescence de la «Movida», ce mouvement culturel qui accompagna la transition démocratique espagnole. Plus de dix ans après leur mort, leur maladie, contractée en consommant de l’héroïne, demeure un tabou absolu pour les grands-parents de Marina. Simón dépeint avec habileté le complexe entrelac relationnel propre à cette famille meurtrie par un deuil impossible. Étrangère et pourtant parente, Marina remue des plaies ouvertes, accentue les tensions sous-jacentes, mais libère aussi la parole – tel oncle, tel cousin lui avouera l’attitude peu reluisante de ses grands-parents face à la maladie de leur fils. De par sa simple présence, l’histoire familiale se réécrit, et c’est comme pour garder une trace de ce chamboulement que la jeune adulte filme, avec une petite caméra numérique, des bribes de son séjour en Galice. Fragments incorporés au corps du récit, qui s’ouvre également à des extraits du journal de la mère de Marina et à une séquence aux accents oniriques imaginant la vie de ses parents avant sa naissance, ivres de liberté. Romería, qui désigne à la fois un pèlerinage et une célébration collective, atteint dans ces images son acmé. La quête des traces y cède la place à l’imaginaire, aboutissement d’un voyage existentiel où la douleur coexiste avec la joie.
Emilien GürGalerie photoso
