Mother Mara
Mirjana Karanović, Serbie, Suisse, Bosnie et Herzégovine, 2024o
La vie de Mara, femme d’affaires prospère et mère célibataire, bascule suite à la mort subite de son fils unique de 20 ans. Incapable de faire face à ses émotions, elle se réfugie dans le travail. Ce n’est que lorsqu’elle rencontre le coach sportif Milan, un ami de son fils défunt, qu’elle parvient à s'ouvrir un peu. Leur histoire d’amour l’aide à faire son deuil et lui permet de retrouver le courage de vivre.
Certain·es se souviennent sans doute de l’actrice serbe Mirjana Karanović pour son rôle dans Das Fräulein, premier long-métrage de la réalisatrice helvético-croate Andrea Štaka. Elle est par ailleurs l’une des actrices les plus sollicitées des Balkans depuis les années 1980. Dans son deuxième film en tant que réalisatrice et scénariste, la comédienne incarne une avocate à succès et mère célibataire de Belgrade, marquée par la mort soudaine de son fils d’une vingtaine d’années. Alors qu’elle semble reprendre avec assurance le cours de sa vie professionnelle et de son existence cantonnée à sa luxueuse villa, elle perd pied en réalité. C’est précisément une liaison jugée «inadéquate» avec un ami de son fils, son cadet de trente ans, qui permet à Mara de retrouver un certain équilibre. L’intrigue, simple, et la crise existentielle du personnage semblent baigner dans une parenthèse temporelle, mise en scène à travers des plans larges soigneusement composés. Le visage très expressif de Karanović se révèle un atout: s’y lit derrière une apparence maîtrisée un véritable tumulte intérieur, comme dans le premier film de Štaka, récompensé par un Léopard d’or à Locarno. Comme dans Mare, l’œuvre la plus forte de Štaka, qui a d’ailleurs coproduit Mother Mara, on est frappé par le naturel avec lequel une femme sûre d’elle est montrée dans un moment de faiblesse: l’assurance féminine y apparaît comme une normalité vécue au quotidien, loin de toute déclaration de principe.
Kerstin Blank
