r Le chant des forêts
Vincent Munier, France, 2025o
C'est au coeur des forêts des Vosges que Vincent Munier a tout appris, grâce à son père Michel, naturaliste. Celui-ci a passé sa vie à lire les empreintes des animaux, connaître les endroits où ils mangent, chassent, construisent leurs nids et dorment. Il est l’heure pour eux de transmettre ce savoir à Simon, le fils de Vincent. Ensemble, grand-père, père et fils partent à la découverte de la diversité et de la beauté époustouflante de la nature. Cachés sous des sapins, ils se fondent dans leur environnement. Nous découvrons avec eux cerfs, chouettes, hiboux, renards, lynx et même le battement d’ailes d’un animal légendaire: le Grand Tétras.
Un film qui invite à s’émerveiller de la beauté du monde aurait de quoi susciter la méfiance. En effet, le flux permanent de nouvelles alarmantes sur l’état de la planète nous a accoutumé à une résignation docile ou à une anxiété paralysante face à une réalité tout sauf jolie. Alors que la maison brûle, à quoi bon se pâmer d’admiration devant un grand-duc? Photographe naturaliste de renom, Vincent Munier (La panthère des neiges) invite à se défaire de ce masque fataliste à travers une balade en forêt. Avec son père, Michel, écologiste de la première heure, et son fils de douze ans, Simon, le réalisateur suit les traces de cerfs, surprend la voix d’une chevêchette ou guette le passage d’un lynx dans le massif des Vosges qui l’a vu naître. Face à la beauté saisissante des images de Vincent, à l’écoute des commentaires sensibles de Michel, il est difficile de ne pas éprouver le même émerveillement que Simon. La nuit, au coin du feu dans une cabane, les trois hommes se racontent des histoires. Le doyen fait part de sa tristesse face à la disparition du grand tétras, oiseau présent dans les Vosges depuis l’âge de glace jusqu’il y a peu. Et prêche la capacité à admirer la beauté du vivant comme antidote au défaitisme ambiant: si l’extinction des espèces nous touchait collectivement, notre motivation à faire barrage contre le réchauffement climatique en serait renforcée. En attendant, pour rencontrer le grand tétras, il faut prendre la route du Grand Nord. C’est donc sur un voyage en Norvège que s’achève le film, où les trois hommes espèrent apercevoir cet oiseau au statut bientôt mythique. Dans la neige épaisse, Simon suit les pas de son grand-père. Michel transmet sa sensibilité écologiste à son petit-fils, Vincent la sienne au public. Il serait bien regrettable que le chant de la forêt se transforme en chant du cygne.
Clément Desbaillet
